Qu'est-ce que l'interpolation ?
Interpolation – Estimation de valeurs entre des points de données connus
Qu’est-ce que l’interpolation ?
L’interpolation est un procédé mathématique fondamental utilisé pour estimer des valeurs inconnues situées entre des points de données connus. Lorsqu’une fonction ou une mesure n’est disponible qu’à des emplacements ou moments discrets, l’interpolation permet de combler les lacunes, en construisant une courbe ou une fonction continue passant par les points donnés. Contrairement à l’approximation hasardeuse, l’interpolation s’appuie sur la structure et les tendances présentes dans les données, garantissant que les estimations soient cohérentes avec les valeurs connues.
L’interpolation la plus simple suppose une ligne droite entre les points (interpolation linéaire), mais des techniques plus sophistiquées, comme l’interpolation polynomiale ou par splines, permettent d’obtenir des courbes ou surfaces lisses qui modélisent mieux les phénomènes réels. L’interpolation est cruciale en ingénierie, calcul scientifique, géostatistique, infographie et aviation, notamment lorsque la mesure directe partout est irréalisable ou impossible.
En aviation et en modélisation environnementale, par exemple, l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) exige une interpolation précise pour les données météorologiques, la modélisation des émissions et les rapports réglementaires, afin de garantir que les estimations des variables environnementales soient fiables et cohérentes.
Concepts fondamentaux et terminologie
Points de données
Les points de données sont les valeurs connues d’une fonction, généralement représentées sous forme de couples ((x_i, y_i)) en une dimension ou de tuples en dimensions supérieures. La qualité et l’espacement de ces points influencent fortement la fiabilité de l’interpolation. Des points rapprochés et précis donnent de meilleurs résultats, des données espacées ou distribuées de façon irrégulière peuvent causer de grandes erreurs, notamment avec des polynômes de degré élevé.
Interpolation vs. extrapolation
- Interpolation : estime des valeurs à l’intérieur du domaine des données connues.
- Extrapolation : estime des valeurs en dehors de l’intervalle des données connues et est généralement moins fiable, car elle suppose que les tendances des données se poursuivent au-delà des mesures disponibles.
Cette distinction est cruciale dans les contextes réglementaires comme la modélisation environnementale OACI, où l’extrapolation est déconseillée en raison de son manque de fiabilité.
Fonction sous-jacente
L’interpolation suppose que les points de données sont des échantillons d’une fonction continue, souvent lisse, (f(x)). La méthode d’interpolation choisie doit être cohérente avec la régularité et le comportement supposés de cette fonction.
Ordre de l’interpolation
L’ordre ou le degré fait référence au degré du polynôme utilisé dans l’interpolation :
- Linéaire (ordre 1)
- Quadratique (ordre 2)
- Cubique (ordre 3)
- Polynômes de degré supérieur
L’interpolation d’ordre élevé peut entraîner de l’instabilité et des oscillations (phénomène de Runge), surtout avec des données espacées de manière irrégulière.
Interpolation par morceaux
Plutôt que d’utiliser une fonction globale unique, l’interpolation par morceaux construit des polynômes de faible degré entre les points de données successifs (ex. : splines), offrant stabilité et adaptabilité locale, ce qui est particulièrement important pour les jeux de données irréguliers.
Pourquoi utiliser l’interpolation ?
L’interpolation est indispensable lorsqu’il s’agit de reconstituer une information continue à partir d’échantillons discrets :
- Comblement de valeurs manquantes dans les séries temporelles et les données de capteurs
- Re-échantillonnage et affinement de grille en modélisation numérique
- Infographie et traitement d’image pour des courbes lisses et le redimensionnement
- Aviation et météorologie pour estimer des paramètres météorologiques ou environnementaux (selon les directives OACI)
- Intégration et différentiation numériques lorsque les fonctions analytiques ne sont pas disponibles
- Géosciences et cartographie pour créer des surfaces continues à partir de mesures dispersées
Exemple :
Un aéroport surveille les concentrations de polluants atmosphériques à plusieurs emplacements. Si un capteur tombe en panne, l’interpolation (par exemple spline ou pondération inverse de la distance) permet d’estimer la valeur manquante à partir des données voisines, ce qui est essentiel pour maintenir un inventaire complet des émissions comme l’exige l’OACI.
Méthodes d’interpolation courantes
Interpolation linéaire
L’interpolation linéaire suppose une relation de type ligne droite entre deux points de données :
[ y = y_0 + (x - x_0) \frac{y_1 - y_0}{x_1 - x_0} ]
Forces : Simple, rapide, sans oscillations
Limites : Non lisse aux points de données, médiocre pour les comportements non linéaires
Interpolation polynomiale
Ajuste un polynôme de degré (n) passant par (n+1) points. L’interpolation de Lagrange est l’approche la plus courante :
[ P(x) = \sum_{i=0}^{n} y_i \ell_i(x) ] avec [ \ell_i(x) = \prod_{\substack{j=0 \ j \neq i}}^{n} \frac{x - x_j}{x_i - x_j} ]
Forces : Lisse, ajustement exact
Limites : Oscille avec un degré élevé ou des points irréguliers (phénomène de Runge), sensible au bruit
Interpolation polynomiale par morceaux (splines)
Linéaire par morceaux
Relie chaque paire de points par une ligne droite, simple mais non lisse.
Spline cubique
Ajuste des polynômes cubiques entre chaque paire, assurant la continuité et la douceur de la courbe ainsi que de ses premières et secondes dérivées.
Avantages : Lisse, évite les oscillations
Applications : Infographie, aérodynamique, modélisation environnementale

Interpolation du plus proche voisin et pondération inverse de la distance (IDW)
- Plus proche voisin : Attribue la valeur du point de données le plus proche (en escalier, discontinu)
- IDW : Moyenne pondérée en fonction de l’inverse de la distance (adaptée aux données dispersées, utilisée en géostatistique et en cartographie environnementale OACI)
Méthodes d’ordre supérieur et spécialisées
- Interpolation de Hermite : Utilise à la fois les valeurs de la fonction et ses dérivées pour des courbes plus contrôlées et plus lisses
- Interpolation trigonométrique (Fourier) : Idéale pour les données périodiques
- Méthodes multidimensionnelles : Interpolation bilinéaire, trilineaire pour les grilles de données 2D/3D (ex. : images, modèles météo)
Exemples détaillés
Exemple linéaire
Donnés les points (2, 4) et (5, 10), estimer pour (x = 3) :
[ y = 4 + (3-2) \frac{10-4}{5-2} = 6 ]
Exemple polynôme de Lagrange
Donnés ((2, 1), (3, 5), (4, 13), (6, 61), (7, 125)), interpoler pour (x = 5). En appliquant la formule de Lagrange, on obtient (y \approx 28.6).
Exemple de spline cubique
Donnés ((0, 0), (1, 2), (2, 0)), ajuster une spline cubique et interpoler pour (x = 1.5) à l’aide d’outils de calcul (ex. : SciPy).
Considérations théoriques et erreur
- Hypothèses : La fonction sous-jacente est lisse et continue.
- Erreur : L’erreur d’interpolation linéaire est (O(h^2)), l’interpolation par spline est plus précise et stable, l’interpolation polynomiale de degré élevé peut être instable.
- Phénomène de Runge : Oscillations dans l’interpolation polynomiale de degré élevé.
- Interpolation vs. régression : L’interpolation passe par tous les points, la régression trouve une courbe d’ajustement optimal.
Glossaire des termes clés
| Terme | Définition |
|---|---|
| Points de données | Valeurs connues servant de base à l’interpolation |
| Interpolation | Estimation de valeurs inconnues à l’intérieur de l’intervalle de données connues |
| Extrapolation | Estimation de valeurs en dehors de l’intervalle des données connues |
| Interpolation linéaire | Estimation en ligne droite entre deux points |
| Interpolation polynomiale | Utilise un polynôme de degré (n) pour (n+1) points de données |
| Interpolation de Lagrange | Formule d’interpolation polynomiale utilisant des polynômes de Lagrange |
| Interpolation par splines | Interpolation polynomiale par morceaux pour des courbes lisses |
| Plus proche voisin | Attribue la valeur du point connu le plus proche |
| Pondération inverse distance | Moyenne pondérée, inversement proportionnelle à la distance aux points de données |
| Phénomène de Runge | Oscillations dans l’interpolation polynomiale de degré élevé |
Conclusion
L’interpolation est une pierre angulaire de l’analyse numérique, de la science des données, de l’ingénierie et de la modélisation en aviation. En fournissant des estimations mathématiquement rigoureuses entre des points de données connus, elle permet des analyses, des modélisations et des rapports réglementaires précis dans d’innombrables applications.
Si vous avez besoin de méthodes d’interpolation robustes et précises pour vos projets, en ingénierie, modélisation environnementale ou aviation, contactez-nous ou planifiez une démo pour découvrir comment nos solutions peuvent vous aider.
Foire aux questions
- Quel est le principal objectif de l'interpolation en mathématiques et en ingénierie ?
- L'interpolation estime les valeurs inconnues à l'intérieur de l'intervalle des points de données connus, permettant la reconstitution de fonctions continues à partir de mesures discrètes. Ceci est essentiel dans des domaines comme l'ingénierie, la science des données, l'aviation et la modélisation environnementale, où seules des données échantillonnées ou mesurées sont disponibles et où des informations continues sont nécessaires pour l'analyse ou la conformité réglementaire.
- En quoi l'interpolation diffère-t-elle de l'extrapolation ?
- L'interpolation estime des valeurs à l'intérieur de l'intervalle des points de données existants, en supposant que la tendance sous-jacente se poursuit de manière homogène entre eux. L'extrapolation, au contraire, prédit des valeurs en dehors de l'intervalle connu, ce qui est généralement moins fiable car cela suppose que les tendances s'étendent au-delà des données sans support.
- Quelles sont les méthodes d'interpolation les plus courantes ?
- Les méthodes d'interpolation courantes incluent l'interpolation linéaire (suppose un changement constant entre les points), l'interpolation polynomiale (ajuste un polynôme unique passant par tous les points, par ex. méthode de Lagrange), l'interpolation polynomiale par morceaux ou par splines (ajuste des courbes lisses entre les points), et des méthodes pondérées par la distance comme la pondération inverse de la distance (IDW).
- Pourquoi l'interpolation par splines est-elle souvent préférée à l'interpolation polynomiale de degré élevé ?
- L'interpolation par splines, en particulier les splines cubiques, relie les points de données avec des polynômes cubiques par morceaux, assurant la continuité et la stabilité. L'interpolation polynomiale de degré élevé peut provoquer de fortes oscillations (phénomène de Runge) et est sensible à l'espacement des données, tandis que les splines évitent ces problèmes et sont plus robustes pour les ensembles de données complexes.
- Quand faut-il éviter l'interpolation ?
- L'interpolation doit être évitée lorsque la fonction sous-jacente est très discontinue, comporte des changements brusques ou lorsque les points de données sont très espacés et que le comportement entre eux est inconnu. De plus, utiliser l'interpolation pour extrapoler en dehors de l'intervalle des données est risqué et doit être minimisé, en particulier dans des contextes critiques pour la sécurité ou réglementaires.