Risque aviaire

Aviation Safety Airport Operations Wildlife Hazard BASH

Risque aviaire – Danger des collisions avec les oiseaux en aviation

Introduction

Le risque aviaire est une préoccupation majeure en matière de sécurité aérienne, désignant le danger que représentent les rencontres entre les aéronefs et les oiseaux ou autres animaux sauvages, pouvant entraîner des collisions (percussions aviaires), des ingestions moteur, des dommages structurels, voire dans les cas extrêmes, une perte de contrôle. Ce risque concerne tous les types d’opérations aériennes, notamment lors des phases de vol à basse altitude telles que le décollage et l’atterrissage. La gestion du risque aviaire est essentielle pour les systèmes de gestion de la sécurité des aéroports et compagnies aériennes et est exigée par les autorités aéronautiques mondiales.

Cet article explore l’ensemble du sujet : définitions, historique, statistiques, causes, mesures d’atténuation, déclaration et bonnes pratiques de gestion de la sécurité.

Qu’est-ce que le risque aviaire ?

Le risque aviaire est officiellement défini par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) comme toute situation où la présence d’oiseaux à proximité d’un aéroport ou dans l’espace aérien utilisé par les aéronefs représente une menace potentielle pour la sécurité des vols. Le terme inclut également les risques liés à d’autres animaux sauvages (mammifères, chauves-souris, reptiles) et englobe les impacts physiques, opérationnels et économiques des collisions avec la faune.

Éléments clés :

  • Risque de collision (percussions aviaires) avec les aéronefs
  • Ingestion moteur ou dommage des structures de l’appareil
  • Perturbations opérationnelles (retards, annulations, atterrissages d’urgence)
  • Implications réglementaires et économiques

Le risque aviaire fait partie de la catégorie plus large du risque faunique, qui inclut non seulement les oiseaux, mais aussi les mammifères (comme les cerfs ou les coyotes), les chauves-souris et les reptiles (tels que les tortues traversant les pistes).

Percussion aviaire : définition et conséquences

Une percussion aviaire est un événement aéronautique au cours duquel un oiseau ou un groupe d’oiseaux entre en collision physique avec un aéronef. Selon l’OACI, une percussion aviaire comprend tout incident où un oiseau frappe une partie quelconque de l’appareil à n’importe quelle phase de vol, quels que soient les dommages causés.

Phases les plus à risque :

  • Décollage et montée initiale
  • Approche et atterrissage
  • Roulage et vol à basse altitude

Parties de l’avion fréquemment touchées :

  • Moteurs (surtout les turboréacteurs)
  • Pare-brise et verrières
  • Bords d’attaque (ailes, nez, empennage)
  • Train d’atterrissage

Conséquences :

  • Dommages ou panne moteur
  • Pénétration de pare-brise ou de radôme
  • Déformation structurelle
  • Atterrissages d’urgence ou amerrissages forcés

Les réglementations exigent que les moteurs et les cellules respectent une résistance minimale aux percussions aviaires (ex : FAA 14 CFR Part 33, EASA CS-E).

Contexte historique et incidents majeurs

Les percussions aviaires sont reconnues comme un risque aéronautique depuis les débuts de l’aviation. La première collision documentée date de 1905 avec Orville Wright. La première victime mortelle d’une percussion aviaire fut Cal Rodgers en 1912.

Incidents majeurs :

  • US Airways Flight 1549 (2009) : Les deux moteurs tombent en panne après ingestion de bernaches du Canada, conduisant au « Miracle sur l’Hudson ».
  • Eastern Air Lines Flight 375 (1960) : Crash après ingestion d’un vol d’étourneaux, causant 62 décès.
  • Ethiopian Airlines 604 (1988) : Ingestion de pigeons provoquant l’extinction des deux moteurs en approche.

Ces événements ont entraîné des réponses réglementaires, dont les normes de certification moteur et le développement de programmes organisés de gestion du risque faunique (ex : BASH et comités « Bird Strike »).

Vue d’ensemble statistique : ampleur et impact

Les collisions avec les oiseaux et la faune sauvage constituent un risque persistant avec des conséquences opérationnelles et économiques majeures.

Chiffres clés :

  • Plus de 319 000 collisions avec la faune signalées aux États-Unis (1990–2024), dont plus de 94 % impliquent des oiseaux.
  • Coût annuel mondial estimé : plus de 1,2 milliard de dollars (OACI).
  • La plupart des collisions ont lieu sous 3 000 pieds AGL, 74 % sous 1 500 pieds, généralement à proximité des aéroports.
  • Décès humains : plus de 350 dans le monde depuis 1988.
  • Aéronefs endommagés/détruits : plus de 126 aux États-Unis (1990–2024).
  • Périodes critiques : la plupart des collisions surviennent entre juillet et octobre et durant la journée.

Les impacts économiques incluent les coûts directs (réparations, inspections) et indirects (retards, annulations, compensation des passagers).

Causes : origine du risque aviaire

Le risque aviaire résulte d’une combinaison de facteurs environnementaux, opérationnels et humains.

Principaux facteurs de risque :

  • Dynamique des populations d’oiseaux : Les espèces urbaines (bernaches, goélands, vautours) prospèrent près des aéroports.
  • Habitat sur ou près des aéroports : Plans d’eau, décharges, végétation non gérée attirent les oiseaux.
  • Profils opérationnels : Décollage, atterrissage et vol à basse altitude coïncident avec l’activité aviaire.
  • Migration saisonnière : Pics au printemps et en automne, souvent le long des axes migratoires.
  • Météo : Orages et fronts peuvent concentrer les oiseaux sur les aéroports.

La conception aéroportuaire et la planification de l’utilisation des sols sont cruciales — l’OACI et la FAA recommandent de minimiser les attractifs à faune dans un rayon de 8 km autour des pistes.

Espèces impliquées et comportements

Bien que des centaines d’espèces d’oiseaux soient impliquées, un petit nombre cause la majorité des incidents graves.

Espèces les plus dangereuses :

  • Bernaches du Canada, canards, cygnes (oiseaux d’eau)
  • Goélands
  • Rapaces : buses, aigles, vautours
  • Étourneaux, carouges (espèces grégaires)
  • Mammifères : cerfs (principale cause de collisions au sol graves)
  • Chauves-souris (moins fréquent, surtout la nuit)

Facteurs clés :

  • Masse corporelle : Les gros oiseaux causent plus de dégâts.
  • Comportement grégaire : Augmente le risque de multiples impacts.
  • Migration : Présence massive à certaines périodes et altitudes.

Comprendre le comportement local de la faune et les migrations est essentiel pour une gestion efficace.

Impact opérationnel : phases, dommages et exemples

Le risque aviaire impacte toutes les phases du vol mais est plus critique lors du décollage, de la montée, de l’approche et de l’atterrissage.

Fréquence :

  • 62 % des percussions aviaires : à l’arrivée (approche/atterrissage)
  • 34 % : au départ (décollage/montée)
  • 4 % : en croisière (rare mais potentiellement grave lors des migrations)

Dommages typiques :

  • Ingestion et panne moteur
  • Pénétration de pare-brise/radôme
  • Dommages structuraux des bords d’attaque
  • Immobilisation et atterrissages d’urgence

Exemples :

  • Cessna 525 jet : 50 000 $ de réparations après percussion d’un anhinga à 3 000 pieds.
  • US Airways 1549 : Double panne moteur après ingestion de bernaches du Canada — amerrissage forcé.
  • Intrusion de cerf : Collision sur piste détruisant un Cessna 172.

Atténuation : détection, prévention et gestion

L’atténuation du risque aviaire nécessite une approche globale intégrant gestion de l’environnement, technologies de détection, procédures opérationnelles et conformité réglementaire.

1. Gestion de l’habitat

  • Supprimer/réduire les sources de nourriture, d’eau et les sites de nidification.
  • Gérer la hauteur de l’herbe (15–25 cm recommandé par l’OACI).
  • Contrôler les plans d’eau et la gestion des déchets.
  • Installer des clôtures pour exclure les mammifères.

2. Contrôle actif

  • Effarouchement : chiens, fauconnerie, pyrotechnie, véhicules.
  • Capture et relâchement (si autorisé).
  • Lutte létale (en dernier recours et conformément à la législation sur la faune).

3. Détection et surveillance

  • Radar aviaire pour le suivi en temps réel des mouvements d’oiseaux.
  • Modélisation prédictive (ex : AHAS) pour anticiper les migrations.
  • Émission de NOTAM lors des périodes à risque.

4. Procédures opérationnelles

  • Adapter les horaires pour éviter les pics de migration.
  • Utiliser l’éclairage des aéronefs pour améliorer la visibilité.
  • Vigilance accrue des équipages pendant les phases critiques.
  • Signalement immédiat des collisions et inspection approfondie après incident suspecté.

5. Conformité réglementaire

  • Évaluations du risque faunique (WHA) et Plans de gestion (WHMP) obligatoires pour les aéroports certifiés Part 139/OACI.
  • Collecte continue de données, signalement et formation du personnel.
  • Intégration à un Système de Gestion de la Sécurité (SMS).

Déclaration et conformité

Une déclaration précise est essentielle pour le suivi du risque, la gestion et la conformité.

Mécanismes de déclaration :

  • Formulaire FAA 5200-7 : Rapport d’incident oiseau/autre faune aux États-Unis (volontaire, mais obligatoire pour les aéroports Part 139).
  • Bases nationales OACI : Recommandées à tous les États membres.
  • NASA ASRS : Pour les déclarations de sécurité anonymes.

Les rapports doivent mentionner l’espèce, le nombre percuté, l’heure, la phase de vol, le lieu et les dommages. Les restes biologiques (« snarge ») peuvent être envoyés pour identification de l’espèce (ex : Smithsonian Feather Identification Lab).

Cas d’usage et exemples pratiques

1. Gestion du risque faunique aéroportuaire

Un grand aéroport international situé sur une voie migratoire constate une augmentation de l’activité aviaire au printemps et à l’automne. Une Évaluation du Risque Faunique identifie une décharge et des bassins de rétention d’eau comme principaux attractifs. Le Plan de Gestion du Risque Faunique prévoit la modification de l’habitat (comblement des bassins, dispositifs de dissuasion), des effarouchements réguliers et la coopération avec les exploitants de la décharge. Pendant les pics migratoires, le radar aviaire et les NOTAMs informent le contrôle aérien et les pilotes du risque en temps réel.

2. Évaluation prévol du risque par les pilotes

Un pilote de compagnie régionale consulte les NOTAMs et l’AHAS avant un départ matinal. La route prévue traverse un corridor migratoire avec une forte activité aviaire prévue entre 1 000 et 3 000 pieds. Le pilote coordonne avec le dispatch pour retarder le départ et utilise l’éclairage de l’appareil ainsi qu’un profil de montée rapide pour minimiser le risque.

3. Incident de percussion aviaire et réponse

En approche, un avion de ligne ingère plusieurs goélands, déclenchant une alerte vibration moteur. L’équipage suit les procédures d’urgence, atterrit en sécurité et lance une inspection post-vol. L’incident est déclaré et les restes biologiques sont envoyés pour identification de l’espèce. L’équipe faune de l’aéroport analyse les données pour améliorer la prévention.

Bonnes pratiques et recommandations

  • Réaliser régulièrement des Évaluations du Risque Faunique et mettre à jour les plans de gestion.
  • Employer des technologies de détection en temps réel (radar aviaire, modèles prédictifs).
  • Former le personnel à l’identification de la faune, aux techniques de dispersion et au signalement des collisions.
  • Intégrer la gestion du risque faunique au Système de Gestion de la Sécurité.
  • Favoriser la collaboration entre parties prenantes : aéroports, compagnies aériennes, régulateurs, agences faune et collectivités locales.
  • Assurer la transparence par des rapports réguliers et le partage des données.

Conclusion

Le risque aviaire est un danger complexe et multidisciplinaire qui continue de poser des défis à la sécurité aéronautique mondiale. Avec l’augmentation des populations animales et l’expansion du trafic aérien, une gestion proactive — fondée sur les données, la technologie et la conformité — est essentielle pour protéger passagers, équipages et aéronefs. Par la combinaison de la conception environnementale, la vigilance opérationnelle et la supervision réglementaire, les acteurs de l’aviation peuvent réduire efficacement le risque et l’impact des percussions aviaires.

Pour plus d’informations ou pour renforcer les capacités de gestion du risque faunique de votre aéroport, contactez-nous ou planifiez une démo .

Références

  • Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) Annexe 14, Doc 9137 et Doc 9184
  • FAA National Wildlife Strike Database & Advisory Circulars 150/5200-33C
  • Publications de sécurité EASA et CAA
  • Bird Strike Committee USA/Canada
  • Smithsonian Feather Identification Laboratory
  • Avian Hazard Advisory System (AHAS)
  • U.S. Department of Agriculture Wildlife Services

Questions Fréquemment Posées

Qu'est-ce qu'un risque aviaire en aviation ?

Un risque aviaire désigne le danger que les oiseaux ou d’autres animaux sauvages représentent pour la sécurité des aéronefs. Cela inclut le risque de collision (percussion aviaire), l’ingestion dans les moteurs, les dommages structurels et les perturbations opérationnelles, en particulier lors du décollage, de l’atterrissage ou du vol à basse altitude. Les aéroports gèrent ce risque par la modification de l’habitat, la surveillance et le respect de la réglementation.

À quelle fréquence surviennent les collisions avec des oiseaux et quels sont leurs impacts ?

Les collisions avec des oiseaux sont relativement courantes, avec plus de 319 000 incidents signalés rien qu’aux États-Unis de 1990 à 2024. La plupart surviennent à proximité des aéroports et à basse altitude. Si la majorité des collisions causent peu ou pas de dommages, certaines entraînent des dommages sévères aux moteurs, des retards de vol, des réparations coûteuses et, dans de rares cas, des atterrissages forcés ou des accidents. Les coûts annuels mondiaux dépassent 1,2 milliard de dollars.

Comment les risques aviaires sont-ils gérés dans les aéroports ?

La gestion du risque aviaire inclut la modification de l’habitat (suppression des sources de nourriture, d’eau et des sites de nidification), la dispersion active (effarouchement, fauconnerie, pyrotechnie), la détection avancée (radar aviaire), la formation du personnel et le respect des exigences réglementaires. Les aéroports doivent réaliser des Évaluations du Risque Faunique (WHA) et mettre en œuvre des Plans de Gestion du Risque Faunique (WHMP).

Quelles espèces d'oiseaux présentent le risque le plus élevé pour les aéronefs ?

Les espèces de grande taille, grégaires ou à réaction lente comme les bernaches du Canada, les goélands, les canards, les rapaces (buses, vautours, aigles) et les étourneaux représentent le plus grand danger. La masse corporelle et le comportement grégaire augmentent le risque d’ingestion moteur et de dommages structurels.

Que doivent faire les pilotes en cas de collision avec un oiseau ?

Les pilotes doivent suivre les procédures d’urgence standard : garder le contrôle de l’aéronef, signaler l’incident au contrôle aérien, revenir ou se dérouter si nécessaire et faire inspecter l’appareil avant tout nouveau vol. Le signalement de la collision est crucial pour le suivi du risque et le respect de la réglementation.

Améliorez la gestion du risque faunique de votre aéroport

Protégez vos opérations et vos passagers en mettant en œuvre des stratégies avancées de gestion du risque aviaire, incluant la surveillance en temps réel, la formation du personnel et le respect des normes internationales de sécurité aérienne.

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